Nous
ne connaissons l' Enfant à la Chandelle que
par cette gravure éditée en 1905. Dès
le sommaire, l'éditeur nous avertit qu'il s'agit d'une
"reproduction inédite d'après la peinture
de Le Nain ".
Seul tiré à part, en bistre sur vergé
ivoire, la gravure accompagne un article de sept pages consacré
par Gustave Geffroy aux recherches de Chamfleury et Valabrègue.
"Antony Valabrègue donne enfin un relevé
des uvres principales des frères Le Nain qui
se trouvent dans les musées et édifices publics
et dans les collections particulières de la France
et de l'étranger. N'oublions pas d'ajouter ce joli
Enfant à la Chandelle reproduit ici pour la
première fois".
En dépit du ton quelque peu événementiel
de cette première publication, le tableau, dont la
localisation nétait pas précisée est
à nouveau disparu; et semble t -il, oublié depuis.
Nous avons cru pouvoir rapprocher ce visage d'enfant de celui
de l'adolescent de notre Sainte Conversation. Apprenti
? (1) Visage familier ayant grandi près de
l'atelier des peintres ? Ce garçon a une bonne tête.
Seul sans chapeau, ni autre accessoire tabaco-guerrier, il
pourrait - sensiblement plus tard - avoir mission d'apporter
une note d'humanité à l'arrogant portrait de
groupe de la Tabagie. Ou représenter le pathétique
saint Jean de la Déploration sur le Christ mort
?
Il ne
s'agit bien sûr que d' hypothèses, mais
pour ne s'en tenir qu'aux dates certaines,
Antoine Bonnemain (2), orphelin,
issu d'un milieu pieux, pourrait-être entre 13 et 14
ans un enfant à la chandelle vraisemblable début
1637 et resté crédible 6 ans plus tard, à
20 ans environ, en retrait du portrait de groupe de la
Tabagie.
Ce qui permettrait de proposer une date, aujourd'hui contreversée,
pour la Déploration sur le Christ mort,
vers 1643 également, voire peu après, tant l'âge
des deux garçons paraît proche.
A supposer que le modèle soit le même, car il
ne s'agit que d'une autre spéculation; la très
légère modification du nez n' étant absoluement
pas un obstacle et même paraîtrait-il logique
à la lumière de précèdents établis
(3), que Les Nain aient pu choisir de " l 'adapter"
pour gagner en réalisme.
Le rapprochement
entre l'Enfant à la chandelle et le Saint Jean
de notre Sainte Conversation est beaucoup plus évident.
S'il s'agissait d 'Antoine Bonnemain, il
lui faudrait attendre d'avoir environ 16 ans pour le représenter...vers
1639- 1640. Ce que ne contredisent pas les similitudes
stylistiques avec La Messe
pontificale dont la date,1640
est probable, et la Réunion
musicale d'autre part, dont la date, 1642 accompagnant
la signature est admise, sans certitude absolue à cause
du dernier chiffre trop peu lisible. |