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Ce
grand tableau provient d'une chapelle de château du Maine, dans
laquelle il fut conservé par la même famille pendant
plus deux siècles. Ce qui pourrait faire d’Alexandre
de Martigny, marquis de Sanson de Lorchère, un commanditaire
plausible, voire, ou son fils, un des premiers propriétaires
en tout cas. (1)
Il s'agit d'une
famille cultivée, d'amateurs avertis probablement puisque
notre Résurrection voisinait encore sous leur toit
en 1945 (a) : avec un tableau de Gérard de Lairesse,
plusieurs portraits de famille par Largillière et surtout
un tableau d'Oudry dont on connaît les liens d'amitié
et d'extrême proximité avec François Boucher
et Carle Van Loo.
La famille est
assez proche de la noblesse de cours pour que le maréchal
de Tessé demande à Alexandre Sanson, avant 1746, d’être
son exécuteur testamentaire. Esprit distingué et cultivé,
celui-ci est d’ailleurs directement en relation avec Louis
XV, qui vient d' enrichir sa nombreuse bibliothèque par le
don de manuscrits et éditions de l’imprimerie du Louvre.
(b) Ceci en remerciement de l’hommage fait au Roi d’un
manuscrit du Roman de la Rose, découvert avec l'aide et la
perspicacité de Jean Coulon, moine érudit de l'abbaye
St Vincent au Mans, fort apprécié, et réciproquement
par Alexandre Sanson. (c)
Indépendament
de cette origine certaine, notre tableau ne saurait être classable
parmi les nombreuses copies connues, et réalisées
d'après la gravure que fit Carmona en 1755. La gravure reprend
la première Résurrection de Carle Van-Loo,
aujourd’hui disparue, peinte en 1738 pour Jean de Julienne.
Ces copies dont
certaines sont à peine plus tardives, tant est grande alors
la notoriété de Carle Van Loo ; ces copies sont toutes
en contrepartie, (2) confirmant ainsi la mise au carreau
du seul modèle gravé par Carmona.
La cathédrale de Bayeux conserve l'une des meilleures, réalisée
au XVIIIe. Celle de l’église de Spay, près Le
Mans, est datée 1781. Citons encore les églises de
Champront-en-Gâtine (Eure et Loir), Saint-Maur à Martel,
Abbatiale de Montigny-les-Vesoul, Sainte Catherine à Honfleur
de médiocre facture.
La qualité
de notre tableau est par contre évidente. Peint dans le sens
de l'original, il présente de nombreuses variantes importantes,
dont certaines rendues indispensable par le parti qui fut pris d'augmenter
de plus d'un tiers la hauteur de la composition. On sait que le
tableau de Jean de Julienne mesurait: 0,43 x 0,72 m, proportions
confirmées par la gravure de Carmona.
Notre tableau, agrandi à 1,15 m de large n'aurait pu dans
ces conditions dépasser 1,90 m de hauteur, pour 2,74 m en
réalité. Il résulte de cet étirement
que la lévitation du Christ s'effectue complètement
en dessus du groupe de premier plan. Jérusalem a donc été
rajoutée ainsi que le deuxième soldat alertant le
premier dont on trouve le modèle dans un corps de garde du
maître, ce qui conforte notre conviction que le tableau a
bien été peint dans l'atelier de Carle Van-loo.
La très
belle tête d'Ange, est également une variante, plus
féminine avec une bouche plus petite, plus juvénile,
15 ans ? Peut-être tout au plus. Et nous serions tenter d'hasarder
une certaine ressemblance avec Marie-Emilie Baudouin, fille de François
Boucher qui aurait pu servir de modèle. A condition que le
tableau fusse peint vers 1753-1755, Marie-Emilie est née
en 1640. (3)
Il semble qu'
en effet il faille attendre quinze ans après la première
version de Jean de Julienne pour que Carle Van-Loo aborde à
nouveau le thème de La Résurrection. En ces
années 1754-1755, Il termine sa série de vastes
toiles de la vie de Saint Augustin pour l’église des
Petits Pères, actuellement Notre Dame des Victoires, cependant :
- 1753 « Un
petit tableau d’environ deux pieds de hauteur »
(0,65 m.) est exposé au salon, hors catalogue, « sa
forme et sa composition sont à très peu de chose près
semblable à celui qui est chez M. de Julienne, même
sujet et du même auteur mais ce dernier-ci (celui du salon)
lui est très inférieur »
-
1753: un reçu est signé à Paris le 15 octobre
attestant du prêt d’un tableau par Carle Van-Loo à
son beau-frère Lorenzzo Somis, frère de Mme Van Loo
demeurant à Turin. « Abozzo della resurreczione di
Cristo »
La concordance de date, le petit format, ainsi que la facture jugée
« très inférieure » suggèrent que
le tableau hors catalogue du salon pourrait bien n’être
qu’une esquisse…l’esquisse en réalité
prêtée à Somis, et d’ailleurs qualifiée
d’ébauche (abozzo) sur le dit reçu.(4)
-
1755 Gravure de Salvador Carmona d’après la Résurrection
peinte pour Jean de Julienne. Carle Van-Loo, selon Louis Réau
(e), vient de terminer une grande Résurrection (3,20
x 2,40m.) pour la chapelle du Saint Suaire de la cathédrale
de Besançon, dont la composition est cette fois différente.
Un aussi vaste tableau pouvait difficilement faire l’économie
d’une étude préparatoire, très probablement
apparue en vente le 20 décembre 1781 à Paris. Si l’on
en juge par la description concordant en tout point avec le tableau
monumental de Besançon (5).
Il est donc très probable que cette nouvelle étude
(0,81 x 1,30m.) ait également été peinte entre
1752 et1754.........
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Carle
Van Loo, La
Résurrection
( 4,28 m
x 2, 62m.).de la cathédrale de
Besançon, 1755 selon Louis Réau
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(5) Description, vente 1781:
La Resurrection de Notre Seigneur, par
Carle Van Loo 1,30m. x 0,81m. " On voit
de face et sortant du tombeau encore enveloppé du linceul,
q'un ange tient en l'air; tandis qu'un autre soutient la pierre
du cercueil , deux des gardes sont endormis et deux autres sont
effrayés; l'un d'eux a son épée tirée"
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(a) Visite ,Ste Historique
et archéologique du Maine,1945.
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(b) Société d'Agriculture, Sciences
et Arts de la Sarthe, Imprimerie Monnoyer, 1842.
- (c) Louis
Brière: Correspondance de Dom Jean Coulon, bénédictin
de l'Abbaye St Vincent du Mans, Pellechat éditeur,Le Mans,1877.
- (d) Marie-Catherine
Sahut, catalogue raisonné de l'artiste,Carle Van Loo premier
peintre du Roi,1977
- (e)
Louis Réau, Archives de l'art français,tome
XIX, De Nobèle 1937
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